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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 10:52

prise_tension.jpgLe Maroc manque cruellement de médecins et de personnel de santé. On s'en doutait, mais là, c'est l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui le dénonce. Le rapport du ministère de la Santé, réalisé avec l'OMS , est sans appel. Il révèle que le Maroc souffre d'une carence aigue en matière de personnel soignant, et figure parmi les 57 mauvais élèves de l'organisation mondiale. Ce rapport a fait "boum" début avril, à l'occasion de la discussion sur le budget alloué au ministère de la santé.

 

Pour 1000 habitants, on comptait à peine 1,64 personnel soignant en 2007... Alors que l'OMS recommande un ratio minimum de 2,5. A titre de comparaison, la France comptait, sur la période 2002-2006, 11,4 médecins, infirmiers et techniciens pour 1000 habitants, soit sept fois plus que le Maroc.

 

Mais ce n'est pas tout. La répartition du personnel soignant dans le Royaume est très inégale. Les médecins sont en effet beaucoup plus concentrés dans certaines régions, en l'occurence celle de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer et du Grand Casablanca, que, par exemple, la région Taza-Al Hoceima-Taounate, qui compte quatre fois moins de docteurs en médecine par habitant.

Les statistiques sur les médecins exerçant dans le privé sont révélatrices de l'attractivité respectives des différentes régions : 50 % des médecins privés exercent dans l'axe Rabat-Casablanca ! Là où l'on trouve les populations les plus solvables, mais aussi, sans doute, les villes où ces professionnels ont fait leur vie, se sont marié(e)s, après  y avoir , pour beaucoup d'entre eux, étudié pendant une dizaine d'années. Quant à l'extrême sud, les spécialistes exerçant dans le privé le fuient comme la peste. Face à cette situation, le rapport pointe du doigt l'absence d'une carte sanitaire, qui permettrait de rééquilibrer l'offre de personnel soignant en fonction des besoins.

 

Enfin, la répartition du personnel de santé entre les différentes professions posent elles-même problème. Ainsi, les spécialités médicales de base : chirurgie générale, gynécologie, pédiatrie et anesthésie-réanimation, ne représentent que 14% de l’effectif des spécialités existantes dans le secteur public... Alors même qu'elles sont indispensables pour le développement d'une politique de santé permettant l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le Développement  qui mettent la priorité sur la santé maternelle et infantile.

Il est par ailleurs étonnant de constater que le personnel paramédical, pourtant beaucoup moins coûteux à former que les médecins, est  bien trop rare. Le Maroc comptait à peine 1,6 infirmiers(ères) et technicien(nes) par médecin pendant la période 2002-2006, contre 2,3 en France par exemple. Leur effectif total stagne depuis 1999, malgré des besoins accrus. Une explication à cette situation réside sans doute dans le fait que la plupart de ce personnel paramédical exerce dans le secteur public, ce qui limite l'attractivité de la profession en termes de salaire.

 

Les problèmes sont donc multiples et, étant donné la longueur des études médicales, ne pourront être résorbés à court terme. Le gouvernement s'est fixé pour objectif la formation de 3300 médecins supplémentaires d'ici 2020, ce qui permettrait de porter, avec l'hypothèse de 2 paramédicaux pour un médecin, la densité de personnel soignant à 3,2 pour 1000 habitants en 2020. Un chiffre qui dépasseraient les objectifs de l'OMS. Cependant, ce scénario implique la création de pas moins de 7 facultés de médecine et CHU supplémentaires...

 

D'autres pistes gagneraient certainement à être examinées. A commencer par l'attractivité de la profession. Une revalorisation des salaires des médecins et personnel paramédical permettraient sûrement de susciter de nouvelles vocations. L'établissement d'une carte sanitaire sur le territoire national est bien sûr indispensable ; mais il faudrait l'allier avec un système de primes pour le personnel soignant qui accepterait de se rendre dans les régions les moins densément médicalisées. Et pourquoi pas, octroyer des bourses à de futurs médecins, infirmiers et techniciens en formation, qui s'engageraient à rester quelques années dans ces régions au terme de leurs études.

 

En outre, le fait qu'un conjoint soit employé dans une région devrait être pris en considération dans les affectations., tant pour les hommes que pour les femmes. Le système actuel d'affectation n'accorde qu'une faible place aux désirs des médecins, provoquant parfois des drames comme le déchirement d'une famille. Ce qui avait provoqué la révolte des femmes médecins en 2008, qui ont finalement obtenu gain de cause.

 

Il est temps de mettre en place un système cohérent, équilibré, qui permette à la fois de garantir au personnel soignant des conditions de travail dignes et justes, et de répondre aux besoins  présents et futurs de la population en termes de santé.

 

 

Pour en savoir plus :

http://www.yabiladi.com/articles/details/9876/l-oms-epingle-secteur-sante-maroc.html

http://srvweb.sante.gov.ma/Documents/Demographie-Medicale.pdf

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Published by Cécile Bredelet - dans Maroc
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CarrièreMedical 12/02/2014 10:58

Il n'y a pas seulement une penurie des medecins en Maroc mais aussi en France. Les offres d’emploi dans le secteur médical en France se multiplient.En effet, elles n’ont jamais été aussi élevés
qu’aujourd’hui. D’ici à 2015, 258 000 postes d’emploi médical seront disponibles sur le marché. Ce chiffre est composé de 149 000 créations et 109 000 départs en retraite.

CarrièreMedical 12/02/2014 10:55

Il n'y a pas seulement une pénurie des médecins en Maroc mais aussi en France. En effet, les offres d’emploi dans le secteur médical en France se multiplient. D’ici à 2015, 258 000 postes d’emploi
médical seront disponibles sur le marché. Ce chiffre est composé de 149 000 créations et 109 000 départs en retraite.

Raziel de salaire des medecins au maroc 15/10/2013 00:51

Bonjour
Au Maroc , loin des clichés et du mythe du médecin riche, il est en fait et après 8 ans d’études (9.3 en moyenne) mal payé , travaille dans des conditions lamentables et manque affreusement de
moyens, les médecins au Maroc revendiquent depuis des années une hausse des salaires pour débuter leur carrière a la santé publique avec 12 000 dirhams net mensuel

Santé Maroc 29/12/2012 11:44

Commencez à lire cet article et vous n'allez pas regretter,j'ai bien aimé le sujet ,il est bien développé et très utile à nous tous,je vous remercie pour le choix de sujet et pour la qualité de
l'écriture, je vous souhaite une bonne réussite!!

Cécile Bredelet 29/11/2013 17:20



Merci beaucoup



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