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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 18:59

champ ptA force de courir après l'accessoire, on en oublie souvent l'essentiel. Et c'est ce qu'ont fait beaucoup de pays qui ont privilégié leurs exportations à une agriculture capable de nourrir ses habitants. 

 

Aucun secteur économique ne réunit autant de paradoxes que l'agriculture. Essentiel, stratégique, le secteur agricole est pourtant souvent méprisé. Pour deux raisons.  Premièrement, le paysan, celui qui cultive, est associé à une image de personne arriérée, en retard sur la modernité. Il est d'autant plus déconsidéré qu'il est généralement pauvre. Ce qui nous amène à la deuxième raison pour laquelle ce secteur est injustement négligé : l'agriculture est pauvrement productrice de richesses. Sa valeur ajoutée est faible, et pour les pays exportateurs, elle rapporte peu de devises. Il est beaucoup plus rentable, si l'on a la vue courte, d'investir dans des secteurs de technologie de pointe, par exemple. Pourtant, on ne mange pas les téléphones portables !

 

Enfin, selon la théorie des avantages comparatifs énoncée par David Ricardo, mieux vaut se concentrer sur un secteur où l'on a un avantage concurrentiel sur ses partenaires commerciaux, et leur acheter les biens pour lesquels on n'a pas d'avantage, plutôt que produire tout chez soi. Selon cette théorie, le Maroc aura intérêt à produire des agrumes, mais pas des pommes de terre, qu'elle pourra acheter à la Chine, par exemple. Mais alors, que faire si la Chine ne veut plus vendre ses pommes de terre?

 

Car la réalité est loin d'être aussi simple que dans le monde parfait des théories. Et lorsque l'on parle d'agriculture, il est impossible de ne pas évoquer le thème de la sécurité alimentaire. Etre dépendant de l'extérieur pour nourrir sa population est dangereux. On l'a vu depuis 2008, lorsque le prix des denrées alimentaires a flambé sur les marchés internationaux, provoquant des émeutes de la faim dans plusieurs régions du monde. De fait, disposer d'une agriculture suffisamment forte et sécuriser son approvisionnement alimentaire est encore plus essentiel pour un Etat que de sécuriser son apprivisionnement énergétique. Avec l'accroissement de la population mondiale et la raréfaction des terres cultivables, ce thème ne pourra que prendre de l'importance à l'avenir.

 

Une agriculture forte

 

Comment peut-on avoir une agriculture forte? Le seul moyen est de rendre la paysannerie suffisamment attractive. Car si les paysans vivent dans la misère, ils déserteront leurs champs pour aller grossir les bidonvilles à la périphérie des métropoles. Or, augmenter le revenu paysan revient, en première approximation, à augmenter le prix des denrées agricoles. Ce qui revient à mettre en péril la capacité des plus pauvres d'acheter de quoi se nourrir. Inacceptable. L'équation semble à première vue insoluble !

 

Elle ne l'est pourtant pas. Ainsi, on peut augmenter la surface cultivée par paysan. Un nombre plus réduit d'entre eux, possédant de plus grandes parcelles, pourra gagner un revenu suffisant. Mais gare à l'industrialisation de l'agriculture et à ses excès. Les populations des pays industrialisés en paient les conséquences sur leur santé, avec l'abus de pesticides et d'engrais qui ont pollué sols et eau, la baisse de la variété des produits agricoles. Surtout, la surexploitation des sols rend la terre de moins en moins productive.

 

Il y a également la subvention directe aux paysans. Ou à la production. L'Union Européenne en a fait l'expérimentation, mais elle peine toujours à trouver un modèle acceptable.

 

Enfin, Lester Brown, agronomiste américain, nous a montré une nouvelle voie pour nourrir le monde. Non seulement les 7 milliards d'êtres humains actuels, dont 1,1 milliard souffrant de la faim ; mais aussi les 9 milliards que nous devrions être d'ici 2050. Cette voie, c'est l'éco-économie.

 

L'éco-économie est un concept à la fois révolutionnaire et multimillénaire, qui consiste à utiliser au mieux les ressources. Economiser l'eau. Multiplier les usages d'une même ressource et tirer profit de ce qui nous semble aujourd'hui être un déchet. Nourrir les ruminants avec les résidus de culture, comme l'Inde le met en oeuvre aujourd'hui, au lieu de laisser pourrir ces derniers. Utiliser le fumier de ces ruminants comme engrais ou comme combustible. Elever des poissons dans les rizières, pour profiter doublement de toute cette eau dépensée, comme cela est pratiqué en Chine. D'autant que les déjections des poissons  fertilisent la terre. Chaque système agricole peut voir sa productivité ainsi multipliée.

 

A l'opposé de l'agriculture productiviste que l'on nous a donné comme modèle, ce concept est probablement l'avenir de la production agricole.

 

 

"Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors vous découvrirez que l'argent ne se mange pas."
Proverbe amérindien.

 

 

 

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Published by Cécile Bredelet - dans International
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